|
La fraude à
l’assurance est un problème souvent décrié par les compagnies. Le
phénomène est-il quantifiable selon vous, à la lumière de votre expérience
en tant que PDG de la SAA et président de l’Union algérienne des
assureurs ?
La fraude est
malheureusement un phénomène que les compagnies ont constaté dans l’examen
et l’étude des dossiers d’accidents. Je pense que ce n’est pas un fait
propre à l’assurance, puisque hélas dans toutes les économies à forte
croissance comme dans la nôtre, les tentatives d’escroquerie font leur
apparition. Nous avons demandé que les compagnies d’assurance puissent
créer ensemble une structure qui puisse faire des enquêtes sur les
accidents dans les sinistres importants évidemment , parce que elles n’ont
pas le temps malheureusement d’enquêter sur tous les accidents qui sont
déclarés par les assurés. Ils n’ont donc pas toujours la possibilité de
constater si réellement les sinistres ont eu lieu dans les conditions et
les circonstances rapportées par les clients. Nous savons à partir de la
petite expérience que nous avons vécu depuis quatre ans, notamment au
niveau d’une compagnie d’assurance du secteur, que la compagnie en
question a économisé environ 500 millions de DA à la suite de découverte
de fraudes à l’assurance. La somme n’est pas négligeable et permet une
économie certaine pour cette compagnie d’assurance. J’imagine donc que la
fraude existe dans d’autres compagnies d’assurances et je pense que
l’ensemble des compagnies s’efforcent de détecter ces fraudes pour
économiser l’argent versé en indemnités sur ces accidents. Une économie
qui contribuerait certainement à limiter l’aggravation des déficits de
l’assurance automobile.
La branche assurance
automobile souffre notamment d’une dégradation de ces résultats techniques
et financiers, à quoi est due selon vous cette situation ?
Après une observation des
résultats techniques de la branche responsabilité civile obligatoire
automobile, nous avons demandé aux pouvoirs publics la possibilité de
remédier au déséquilibre constaté dans ce domaine. Il faut savoir qu’à
chaque fois qu’une compagnie d’assurances encaisse 100 DA de prime de
responsabilité civile, elle paye 25 DA d’indemnité de sinistre. De plus,
il est connu que l’assurance automobile représente 45% de l’assurance
globale, et que dans cette part, sur 100% de primes d ‘automobile, un
tiers représente, la responsabilité civile obligatoire (RC). Il est
évident que si cette situation perdure , les compagnies seront de plus en
plus pénalisées. C’est ce qui nous a amener à demander à l’autorité de
régulation de réagir afin que nous n’ayons plus à subir les conséquences
néfastes du déséquilibre constaté. Nous avons demandé une augmentation
assez conséquente de l’assurance responsabilité civile (RC). Je pense que
les pouvoirs publics vont nous écouter dans la mesure ou ils sont
conscients de l’intérêt pour les compagnies d’assurances de ne pas subir
les circonstances aggravées de ces pertes. Nous estimons qu’il faut
augmenter le niveau des primes d’au moins 50% pour corriger le
déséquilibre constaté, nous proposons une augmentation à 1800 Da au lieu
des 1200 DA par an appliqués actuellement. Une augmentation graduelle est
tout à fait possible. L’assainissement de cette branche, est nécessaire
car l’assurance automobile est en train de booster le reste des produits
d’assurance et c’est une bonne chose que les compagnies développent ce
produit, car il faut savoir qu’en en 2006 le secteur a enregistré un
chiffre d’affaires de 45 milliards de DA, et un niveau de croissance de
12, 5 % au troisième trimestre.
Les retards
d’indemnisation, notamment dans la branche automobile sont souvent mis en
avant par les assurés. Qu’est ce qui est fait pour y remédier ?
Le retard qui persiste
dans cette branche est surtout dû à la volonté délibérée des victimes
d’accidents corporels de recourir systématiquement aux tribunaux alors que
les compagnies d’assurances ont au contraire fait part de leur volonté de
traiter de façon amiable avec les victimes d’accidents pour solutionner
les dossiers. Il faut savoir que les compagnies d’assurance enregistrent
-bon an, mal an- environ 500 000 déclarations d’accidents, et elles
règlent l’équivalent de ces déclarations en puisant sur les anciens
stocks. Sur 500 000 déclarations d’accidents, on rembourse la totalité, en
plus de 50 000 environ , puisés dans le stock qui s’élève à 500 000
déclarations remontant pour certaines à la création des compagnies.
Qu’en est-il du délai
de remboursement de deux mois prévu à travers la convention
d’indemnisation directe des assurés (IDA) ?
Les compagnies
d’assurances sont entrain d’examiner justement quels sont les délais
raisonnables qui peuvent être prévus dans les conditions générales de
contrat. Pour que elles puissent répondre à l’obligation qui leur est
imposé de fixer dans les contrats un certain nombre de délais. Chaque
compagnie est entrain de réfléchir de son côté parce que c’est un élément
concurrentiel et je pense que les délais seront différents d’un assureur à
un autre. Il appartient à chaque compagnie, en fonction de son
organisation d’accélérer les indemnisations et de fixer elles même ses
délais.
Zhor Hadjam
El
Watan Edition du 26 février 2007 > Supplément économie |