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Parlons de la bancassurance…
On dit que la réforme en Algérie du secteur
des assurances vise à la promotion de la bancassurance pour mieux
rentabiliser les réseaux d'agences, mais aussi pour la stimulation de
l'activité et la sécurité financière des sociétés.
On dit qu'en matière de redynamisation de
l'activité, le secteur encourage l'installation de succursales de
compagnies d'assurance étrangères, le développement des assurances sur
personnes, la vente des produits d'assurances dans des guichets bancaires,
l'institution d'un ancrage juridique à l'assurance assistance et à
l'assurance crédit.
Au plan de la sécurité financière des
sociétés d'assurance, il est prévu une réglementation des participations
banques-assurances, la libération totale du capital minimum, le
développement d'une capacité de contrôle des changements d'actionnariat et
d'évaluation des actifs, la création d'un fonds de garantie.
Mais qu'est ce que la bancassurance ? Quels
sont les avantages offerts
aux participants à la réussite de ce modèle
? Quels sont les facteurs clés pour vendre avec succès des polices
d'assurance vie à travers un réseau bancaire?
Le néologisme bancassurance désigne une
notion pouvant être interprétée de diverses façons. On n'en trouve pas de
définition claire ni dans la pratique, ni dans la théorie.
On peut en principe définir la
bancassurance soit d'un point de vue fonctionnel soit d'un point de vue
institutionnel. Le premier s'entend comme des services financiers
intégrant des produits de la banque et de l'assurance : par exemple la
souscription d'assurance des moyens de paiement (perte de carte, de
chéquier, ...) ou l'assurance de perte de revenus (chômage, invalidité,
...) associée à la tenue d'un compte courant.
Le second concerne la manière dont est
organisée la collaboration entre la banque et l'assurance ou d'autres
organismes non bancaires. Cela se traduit de plus en plus par la création
ou l'achat de sociétés d'assurances par des groupes bancaires, et en sens
inverse de la diversification de groupes d'assurance dans la banque.
Dans le monde, la plupart des banques
aujourd'hui proposent des produits d'assurance classiques et la plupart
des assureurs offrent désormais des services bancaires (tenue de compte,
moyens de paiement, crédit).
Dans le domaine de la bancassurance, on
parle de "conseillers en bancassurance" ou de "bancassureurs".
Depuis longtemps les produits d'assurance
vie étaient proposés à la fois par les banquiers et les assureurs, mais ce
sont les groupes bancaires qui ont cherché les premiers à se diversifier
en proposant des produits d'assurance classiques. Certains ont même
utilisé le néologisme bancassurance comme marque commerciale.
Plus récemment, ce sont cette fois les
groupes d'assurance qui se diversifient à leur tour en proposant des
services bancaires et on a pu voir apparaître alors les néologismes
assurbanque et assurfinance. Le processus s'est accéléré par des prises de
contrôle de sociétés d'assurances par des banques et des banques par des
sociétés d'assurance, ou encore par la création de filiales associant les
différents métiers.
Combiné avec d'autres activités financières
(opérations de marché, ingénierie financière), cela a abouti à la création
de groupes financiers à la fois très importants et diversifiés, parfois
qualifiés de "supermarchés financiers".
Cependant, il faut noter qu'à ce stade
d'évolution, il subsiste un retard considérable dans les pays en
développement par rapport aux pays développés.
Dans la plupart des pays en développement,
les deux secteurs (assurance et banque) sont encore en voie de (re)
structuration, ce qui laisse présager un énorme potentiel de développement
en matière de bancassurance. Pour le consommateur, la bancassurance
signifie avant tout un bouquet de services fournis par différents
prestataires et allant au-delà de la simple vente croisée entre branches.
Pour les institutions concernées, banques
et compagnies d'assurance, les avantages de cette diversification sont
divers : utiliser le même réseau d'agences pour mieux le rentabiliser,
vendre plus de produits à chaque client (vente croisée), proposer des
produits combinant les deux techniques (épargne sous forme d'assurance
vie...), gérer une plus grande quantité d'argent, etc.
Il y a aussi des inconvénients, par exemple
la nécessité pour les conseillers de s'y retrouver dans une gamme de
produits très divers et complexes, une plus grande complexité également de
la gestion, etc.
Enfin la bancassurance relève tant de la
législation que des autorités de surveillance des banques et des
assurances, ce qui introduit des contraintes (notamment de séparation des
opérations).
La bancassurance est une réalité très
contrastée. Succès évident sur de nombreux marchés tels que ceux de
France, d'Espagne ou d'Italie, elle demeure pourtant marginale dans
d'autres pays. Pourtant, il n'est pas si simple de savoir pourquoi elle ne
se développe pas de la même façon partout. Car les clés du succès sont
nombreuses, hétérogènes et parfois surprenantes!
Il est également difficile d'établir des
priorités et des facteurs absolument déterminants car les situations, les
histoires et cultures de chaque pays entrent en jeu et parfois en
opposition avec les études réalisées sur cette question. Pas de "recette
miracle", mais un certain nombre de constats que les spécialistes ont pu
faire après l'analyse de plusieurs expériences de bancassurance à travers
le monde.
Un
environnement favorable ; la réglementation :
La réglementation relative à la
bancassurance et la position des autorités par rapport à son développement
sont, bien évidemment, tout à fait essentielles et influencent
véritablement les conditions de succès du modèle dans un pays. Les
avantages fiscaux peuvent inciter fortement les consommateurs à investir
dans un produit d'assurance vie ou de retraite plutôt qu'un autre. Des
changements de législation en la matière peuvent influencer de façon
positive ou négative les ventes d'un produit.
Pour prendre un exemple large, on peut dire
que les polices d'assurance vie distribuées par les banques en France,
Italie et Espagne ont connu une croissance notable, qui peut s'expliquer
fortement par les avantages fiscaux. Il s'agit réellement d'un moteur dans
le lancement de la bancassurance, encore peu exploité dans la plupart des
pays.
En ce qui concerne la réglementation, il
est bien évident qu'une législation favorable, ne limitant pas les
possibilités des banques à prendre des participations dans des compagnies
d'assurance ou à créer leur propre assureur, et où il n'existe pas ou peu
de restrictions appliquées à la vente de produits d'assurances par le
réseau bancaire, va permettre à la bancassurance de se développer plus
facilement et plus rapidement.
Par exemple, en Italie : C'est grâce à la
loi Amato du 30 juillet 1990 et aux directives qui ont suivi que la
bancassurance a réellement pu démarrer. Elle peut, depuis cette date,
adopter l'une des trois formes juridiques suivantes : prise de
participation d'une banque dans une compagnie d'assurance, ou vice versa ;
création d'une filiale commune à une banque et une compagnie d'assurance ;
distribution par une banque de polices d'assurance d'un ou plusieurs
assureurs partenaires.
Le
réseau de distribution :
Une implantation géographique structurée et
dense du réseau bancaire est un élément de premier, ordre pour parvenir au
succès. Il est évident qu'un nombre important de points de vente, propres
à apporter aux clients ou prospects une proximité géographique et humaine,
va faciliter les rencontres entre banquiers et consommateurs et donc
permettre d'accroître les chances de vente. La proximité avec le client
est une force qu'il ne faut pas sous-estimer. Elle est un facteur
fondamental à la mise en place de la relation, et donc de la confiance et
de la fidélité.
En Espagne par exemple, malgré un nombre
limité de banques opérant sur le marché, celles-ci possèdent un réseau
extrêmement important (probablement le plus dense d'Europe) et d'une
grande efficacité.
Ce dernier point est également à mettre en
avant, puisque l'on peut considérer que les réseaux bancaires ont une
"homogénéité" qui permet d'harmoniser les offres, les processus de vente,
mais aussi de coordonner les campagnes de vente et d'imposer des normes
liées à l'image. Un atout supplémentaire pour se développer dans
l'assurance…
L'image sur le marché :
La façon dont la banque est perçue sur un
marché par les consommateurs et la place qu'elle occupe dans la société
sont des facteurs essentiels.
Cette image peut être la conséquence
directe de l'organisation du réseau bancaire et du nombre de ses
représentations dans un pays.
Dans des pays comme la France, l'Espagne,
l'Italie ou la Belgique, les banques bénéficient d'une bonne image : les
clients ont une relation privilégiée et de confiance avec leur banque ou
leur banquier.
Les banques bénéficient également de
l'impression, justifiée ou non, d'être plus aptes à gérer les problèmes
financiers que l'assureur. Cette relation de confiance existe d'autant
plus que la marque est puissante et sa notoriété réelle. Les clients des
pays cités ci-dessus sont attachés à la rencontre physique avec leur
banquier.
Les pays anglo-saxons n'ont pas cette
habitude et réalisent la plupart de leurs transactions bancaires via
Internet ou téléphone. Et l'on constate justement que c'est dans ces pays
que la bancassurance n'a pas réussi à s'implanter de façon significative.
Il y a aussi l'exemple de l'Allemagne, où
les banques ont un réseau fragmenté. Elles sont souvent organisées en
petites caisses d'épargne plus ou moins autonomes. Ceci ne leur permet pas
d'avoir une position forte, ni une image affirmée sur le marché et on
constate de fait une pénétration faible de la bancassurance.
Il n'y a pas de réflexion commune à "la
bancassurance dans le monde" car tous les pays n'en sont pas au même stade
de maturité et exigent, de ce fait, une réflexion différente et unique.
Comment la bancassurance pourrait évoluer
en Algérie ? La modernisation des banques, leur restructuration et celle
des assurances sont-elles des signaux pour un climat propice à la
bancassurance? Quel serait le comportement du consommateur algérien face à
la bancassurance?
Notons déjà que cette notion est déjà
présente sur le marché algérien! Les études ont montré que dans les pays
où elle est déjà bien implantée, la bancassurance peut encore se
développer sur certains segments de marché tandis que dans d'autres
régions du monde, tout reste à construire. La bancassurance n'a pas fini
de faire parler d'elle !
N.
Elyes
L’ACTUEL
International. Spécial assurances, N° 77, mars 2007.
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