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Emmanuel Stamm, Chef de l’équipe assistance Meda à la maîtrise de l’assurance Cat Nat

«Notre objectif est d’atteindre un taux de pénétration de 100 %»

Le Point Economique : A quand remonte votre présence en Algérie et en quoi consiste votre mission ?

Jean-Emmanuel Stamm : L’équipe d’assistance technique intervient en Algérie dans le cadre d’un programme d’appui à la maîtrise du risque catastrophes naturelles. Ce programme d’expertise va durer une année, c’est-à-dire, du 1er septembre 2006 jusqu’au 31 août 2007. Notre équipe est composée de deux experts permanents soutenus par un groupe d’assistants.

On attend toujours la liste des experts agréés qui devra être communiquée par la Direction des Assurances, afin de pouvoir démarrer notre activité. Notre mission porte exclusivement sur l’appui à la maîtrise du risque catastrophes naturelles (Cat Nat). L’Etat algérien après le séisme de Boumerdes, en mai 2003, a décidé de rendre obligatoire l’assurance catastrophe naturelle pour les particuliers. Ce produit d’assurance qui était à l’époque ouvert uniquement aux entreprises est très peu développé.

Malgré son institution comme assurance obligatoire, depuis le mois de septembre 2004, elle n’a pas encore évolué. Ce qui explique, aujourd’hui, l’intervention du  programme d’assistance MEDA. 

Justement quelle évaluation faites-vous de cette assurance ?

Nous avons très peu de chiffres. Selon le directeur des Assurances du ministère des Finances, Hadj Mohamed Sebaâ, cette assurance représente un taux de pénétration de 3 %. Ce taux concerne principalement, à mon avis, les particuliers, parce qu’au niveau des entreprises il est plus au moins important.

Il faut savoir que la situation actuelle de l’assurance catastrophe naturelle est due à plusieurs facteurs. L’obligation de l’assurance Cat Nat n’est pas contrôlée. Pour le cas du particulier, elle ne l'est que lorsqu’il y a une transaction immobilière chez un notaire. Une fois la transaction réalisée, le particulier ne renouvelle pas systématiquement son contrat d’assurance. On constate donc, que les gens qui n’ont pas besoin de passer par les notaires ne s’assurent pas. A priori, c’est la tendance de ce marché.

Evidemment, il est difficile aussi d’imaginer un système de contrôle pour ce type d’assurance. Pour les entreprises, il existait un autre type de contrôle qui avait été mis en place depuis le début. La réglementation exigeait lors de la présentation de la déclaration fiscale l’attestation d’assurance. Ce qui explique en partie le taux de pénétration supérieur à ce niveau-là. 

D’après vous, que faudrait-il faire pour changer cette situation ?

Il y a deux choses importantes à réaliser. La première est d’ordre commercial : il faut que les réseaux d’assurance fassent l’effort de vendre ce produit. Ils ne le font pas aujourd’hui, parce qu’ils ne le connaissent pas assez, faute de formation.

Dans les compagnies d’assurances, la vente additionnelle n’existe pas. Lorsqu’un client se présente pour assurer son véhicule, on ne fait pas l’effort de lui proposer d’autres produits supplémentaires. Or nous avons la chance, ici, en Algérie de voir souvent les clients. Malheureusement, on ne le fait pas. Nous avons prévu dans notre plan de travail la prise en charge de ces deux aspects importants, à savoir la connaissance du produit et le réflexe de la vente additionnelle. Nous espérons que cela servira pour d’autres produits. Il y a aussi un petit effort marketing qu’il faudrait également envisager pour sensibiliser davantage le grand public. Mais, il ne faut pas non plus procéder à de grandes campagnes de publicité, sans que le réseau ne soit suffisamment préparé.

Pour la partie deuxième action, il s’agit d’un aspect technique. Il faut s’intéresser au contrat lui-même, c’est-à-dire à sa préparation et à son amélioration. Notre objectif est de continuer à le faire fonctionner, tout en songeant à l’améliorer dans l’avenir.  Dans ce contrat, il y a deux aspects importants qui méritent encore d’être bien étudiés, à savoir les conditions d’indemnisation et l’expertise. Imaginons qu’il y ait demain une catastrophe comparable à celle de Boumerdes, il serait difficile pour le marché actuel de procéder à l’expertise et à l’indemnisation dans des délais prévus.

Il faudrait former encore des experts…

Il faut y réfléchir. La formation n’est pas forcément la seule solution, parce qu’il ne faut pas non plus avoir un nombre important d’experts conçus uniquement pour l’assurance catastrophe naturelle. Il va falloir développer l’expertise des autres branches, notamment l’assurance incendie et  l'assurance multirisque pour pouvoir occuper ces experts.

Pouvez-vous nous dire quelle a été l’expérience étrangère dans ce domaine notamment dans les pays européens ? 

En France, nous avons opté pour des cellules de crise. Pour nous, il ne faut pas attendre l‘événement pour être prêt. Ces cellules organisent toutes les mesures. Au niveau de chaque cellule, il existe des bureaux communs car nous considérons une catastrophes naturelles comme un problème du marché, et non pas d’une compagnie. Le système de catastrophe naturelle bénéficie en général de la garantie de L’Etat, surtout lorsque les ressources de l’assurance et de la réassurance ont été épuisées. On retrouve ce système adopté pratiquement dans beaucoup de pays. Contrairement au système algérien qui oblige les particuliers à contracter une assurance catastrophe naturelle, en France, c’est les sociétés d’assurances qui sont obligées d’appliquer l’assurance Cat Nat. Lorsqu’un client vient assurer son bien en dommage, il est obligatoirement assuré en catastrophes naturelles.

Les catastrophes sont obligatoirement accolées à toutes les garanties dommages proposées par les compagnies. Il n’existe pas de contrat spécifique aux catastrophes naturelles comme le pratiquent aujourd’hui les compagnies algériennes.

A quoi va aboutir votre mission en Algérie ?

Il y aura évidemment des recommandations qui seront émises et nous souhaitons mettre en œuvre un certain nombre de choses, notamment en termes de formation, telles que la fourniture d’outils pédagogiques conçus spécialement pour le développement de cette branche. Notre objectif est aussi de former des spécialistes du domaine tout en tenant compte des besoins et attentes du marché. Notre objectif est aussi de réaliser la centrale des risques des Cat Nat, une centrale qui a été prévue par la nouvelle loi 06-04 sur les assurances. Ce texte a prévu la constitution au niveau du ministère des finances de centrales de risque. La première centrale sera celle des catastrophes naturelles.

Dans ce cadre, il est attendu la connaissance de tous les biens assurés pour éviter le cumul et de lutter contre la fraude. Notre objectif est d’atteindre d’ici à 5 ans un taux de pénétration de l’assurance catastrophes naturelles à 100 %, car elle a aujourd’hui un caractère obligatoire. 

Dans le cadre de ces actions, quels sont vos interlocuteurs privilégiés ?

Notre premier partenaire est la direction des Assurances du ministère des finances, qui préside le comité de pilotage. Dans le même esprit, nous allons travailler avec le Conseil national des Assurances (CNA).  L’autre interlocuteur est la Compagnie centrale de réassurance (CCR), qui est pour nous, au cœur du dispositif de l’assurance catastrophes naturelles. Mais, il se trouve que la CCR a des difficultés sur ce plan. Il faut qu’elle se protège sur le marché international, d’autant plus que les réassureurs mondiaux sont très exigeants quant à ce qu’ils couvrent. Ils demandent tous les détails, notamment des informations techniques pour pouvoir prendre des décisions et adopter une politique réciproque de réassurance.

Des informations qui ne sont pas disponibles encore au niveau de la CCR et pratiquement aucune compagnie algérienne ne dispose d’un système d’informations centralisé pour pouvoir les communiquer à la Compagnie centrale de réassurance. Nous comptons travailler aussi avec l’Union des assureurs et réassureurs algériens (UAR), concernée au premier chef des catastrophes naturelles, car c’est elle qui octroie les agréments aux experts.

Cette association se trouve aussi, davantage confortée par la nouvelle loi sur les assurances qui impose à toutes les compagnies l'adhésion à cette organisation. C’est un partenaire privilégié qui, au même titre que la direction des Assurances et le CNA, devrait avoir accès aux statistiques du secteur. Nous allons travailler également avec les compagnies d’assurances.

Farouk Belhabib et Amal Belkessam

LE POINT ECONOMIQUE mercredi 15-11-2006

Article de presse